Au fond de Soi, Endroit de Paix, Silence de l'Ame

Old Slamboy

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Je me souviens quand j’étais jeune, plein d’objectifs loin d’être immondes,

Dont le principal était celui de changer le Monde,

Tout gamin pense être capable d’accomplir de grandes choses,

À coup de smile, à coup de rêve, à coup de tags et de grandes proses.

Alors j’écris des bric-à-bracs, je m’envole du bout de ma plume,

Au tic-tac de la pendule je vois que l’encre se consume.

Les lignes de la feuille me rappellent les rides sur mon visage,

Les livres que j’écris restent à mes yeux les derniers paysages.

Je suis presque vieux, et mes vœux ne sont plus à venir,

J’aurais aimé retenir le Temps qui passe et ne pas passer mon Temps à me retenir,

J’aurais voulu fleurir chaque trottoir, embellir mes idées noires,

Admirer les couleurs du soir et dire merci aux Maquis’Arts.

Je reste adroit pour ne pas passer mon arme à gauche,

J’ai des trous de mémoire tout comme des trous dans les poches,

Je bois donc des litres d’alcool pour dire bonjour à mon Passé,

Et je vomis de la javel pour dire Adieu à la saleté.

SpirouSan, Old Slamboy

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12 octobre, 2017 à 21 h 43 min | Commentaires (0) | Permalien


Fusion

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Il n’y a pas de moment ni de circonstance préalable

à la fusion de l’encre et du papier,

comme à celle du corps et de l’esprit.

10 octobre, 2017 à 16 h 31 min | Commentaires (0) | Permalien


L’attente

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J’attendais.

À ma droite, un vieil homme était allongé dans son blanc lit d’hôpital.

Il fixait le mur.

À vrai dire, il m’était impossible de savoir où, ni sur quoi son regard était posé.

Peut-être regardait-il derrière lui, les souvenirs ineffacés, les amis inoubliés.

Peut-être lisait-il, dans le blanc de l’espace, toutes ces phrases qu’il n’a jamais pu dire, ni écrire.

Peut-être défiait-il des yeux tous ces regrets ancrés dans le noir du passé.

Peut-être contemplait-il la beauté de la vie, de la sienne qui n’est bientôt plus.

Je pense que, comme moi, il attendait.

Sauf que nous n’attendions pas la même chose.

 

10 octobre, 2017 à 16 h 21 min | Commentaires (0) | Permalien


Août 2017

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La Montagne chante,

L’Éternel refrain d’un Monde

Qui, seul, se souvient

10 octobre, 2017 à 16 h 17 min | Commentaires (0) | Permalien


Seul.

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Voyagez au plus profond de votre pensée,

Cette infinité plus infinie que l’infini,

Créatrice de mille et un univers,

Dont vous êtes le capitaine absolu.

Nous traversons les obstacles ensemble,

Nous avançons tels de vieux camarades,

Mais sur le bateau de votre imagination,

Voguant sur des mers inconnues,

Tu es Seul.

Magnifiquement Seul.

6 octobre, 2017 à 16 h 50 min | Commentaires (1) | Permalien


Mon Ami, Henri Banner

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Henri Banner est mon ami. On ne se quitte jamais, il est à mes côtés du matin au soir. Il sera toujours là pour moi en cas de coup dur. Le problème avec Henri, c’est qu’il n’a pas le permis de conduire, alors je l’accompagne où il souhaite aller. Henri est un vrai moniteur d’auto-école. La moindre faute de conduite, Henri me fait la remarque. Le moindre excès de vitesse, Henri me fait les gros yeux. Alors je roule doucement, je fais attention aux panneaux de signalisation, aux passages cloutés, à ne pas mettre la musique trop forte, et j’en passe. De plus, Henri ne s’assoit jamais côté passager, il reste sur la banquette arrière. Parfois on en rigole, il me fait des grimaces lorsque je le regarde dans le rétroviseur central. C’est le roi de la rigolade.

Henri Banner a malgré tout des défauts. Il peut parfois être violent, et rester au pied de mon lit lorsque je m’endors, ce qui a le mérite de me donner la frousse lorsque je me réveille et que ses yeux glaçants me fixent. Henri a juste ses humeurs. Il peut veiller sur moi, ce qui me fait sourire. Il peut aussi me faire très mal, ce qui me fait peur. Malgré tout, Henri ne me lâche jamais. Il est là au petit-déjeuner, mais Henri ne mange pas. Il est là au bureau, mais Henri ne travaille pas. Il est là au magasin, à la piscine, au parc, chez des amis, et j’en passe. Le seul endroit où Henri ne me suit pas, c’est le cimetière. Il déteste ça. Il déteste voir sa propre pierre tombale.

Henri Banner se promenait un beau matin dans le centre-ville. Il avait déjà bu le café et fumé une cigarette. Henri était d’humeur joviale, il avait mis son plus beau costume. La journée commençait bien. J’ai rencontré Henri Banner ce matin-là, sur le passage clouté. Ma voiture s’en souvient encore. Depuis, Henri me fait des grimaces dans le rétroviseur. Faut dire, il a maintenant le visage pour.

6 octobre, 2017 à 16 h 47 min | Commentaires (0) | Permalien


La Dernière Bougie

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Elle souffla les trente-neuf bougies disposées sur le gâteau d’anniversaire que ses amis lui ont gentiment concocté pour ce « grand jour ». Toutes s’éteignirent sauf une, comme si elle non plus ne voulait pas passer ce cap, comme si elle non plus ne voulait pas vieillir.
– Souffle, souffle, souffle ! – reprenaient en chœur les invités autour de Sandra.
« Ils sont bien sympas, mais ce n’est pas eux qui prennent une année de plus dans la gueule. » pensa-t-elle à ce moment. Elle leur sourit alors, aspira l’air et souffla de tous ses poumons sur la dernière bougie. La flamme s’estompa doucement, et les invités acclamèrent la presque-quarantenaire.

Qu’allait-elle-faire maintenant ? Les rides allaient continuer à prendre place aux abords de son visage, les envies allaient peu à peu changer et la fatigue allait s’installer jour après jour dans son quotidien. Sandra ne voulait pas. Elle refusait de renoncer aux nombreux rêves qui lui avaient donnés jusque là la force d’avancer et de se battre. Pourtant, elle était et resterait ce qu’elle est, et elle trouvait cela tellement triste. L’émotion monta et fit trembler sa lèvre inférieure. Une larme déborda de son œil gauche comme une goutte d’eau d’un vase. Remerciant ses amis d’un geste de la main, elle s’avança, la tête baissée, vers la salle de bain.

Sur le chemin, Pierre l’enlaça tendrement et lui susurra un « Je t’aime mon amour » au creux de l’oreille. Un sourire se dessina sur le visage de Sandra, mais elle n’avait pas la force de lui répondre. Elle se dit malgré tout qu’elle avait enfin trouver un homme gentil, avec qui elle se sentait réellement bien. Il passait son temps à l’entourer d’affection et de tendresse, comme si elle était une petite chose fragile. Selon Sandra, il ignorait la force dont elle avait pu faire preuve au cours de son existence, et la volonté ancrée en elle d’acquérir tout ce qu’elle souhaite. Elle enroula ses bras autour du cou de Pierre, lui déposa une baiser sur la joue, avant de continuer son chemin vers la salle de bain. Elle ressentait encore plus le besoin d’exploser, seule.

La soirée battait son plein. Les invités, amis mêlés dans les vagues connaissances de Sandra, s’amusaient clairement. Ils discutaient, ou plutôt criaient, de tout et de rien avec n’importe qui et n’importe quoi. Les rires recouvraient le fond sonore, et s’entremêlaient aux mélodies des verres qui claquent et des gorges qui se remplissent. Sandra aurait bien voulu s’amuser, mais une boule au ventre l’en empêchait. Elle s’imaginait à ce moment que cette boule représentait tout ce dont elle aurait voulu accomplir, mais qu’elle n’accomplirait jamais. Elle aurait tant voulu faire le tour du Monde pour visiter la Terre, sauter en parachute pour visiter le ciel, même aller plus haut pour voir ce que personne ne voit d’ici.

Elle n’avait encore jamais appris à jouer de la guitare, alors qu’elle avait trop souvent rêvé de jouer les accords de Stairway to Heaven. Elle voulait également faire un enfant. « Quelle ironie » se disait-elle en s’imaginant maman dans l’espace, caressant les cordes et le manche en acajou de sa Gibson. Elle était à deux pas de la salle de bain lorsque Juliette, sa sœur, lui prit la main pour l’emmener danser dans la foule alcoolisée. Il régnait une odeur de clopes et de transpiration, mais tout le monde s’en fichait tant l’excitation enveloppait leur esprit. Sandra se laissait bercer par les mains affectueuses de sa sœur, même si son cœur était ailleurs, peut-être des années auparavant.
– Amuse-toi, allez ! – lui cria Juliette à l’oreille.
– Je m’amuse, tu sais.
– Non. En revanche, eux, ils s’amusent. – dit-elle en désignant de la main les invités qui se déchaînaient au gré des musiques. L’appartement va être dans un sale état, demain. On a retrouvé de l’alcool jusque dans la salle de bain, à moins que ce ne soit une fuite…
– Ne t’en fais pas, on se retrouve tout à l’heure. – lui lança Sandra d’un ton sec.
Elle lâcha les mains de sa sœur, avant de lui adresser malgré tout un sourire et un clin d’oeil furtif signifiant un « Je t’assure que ça va ».

Ça n’allait pas. Elle se sentait mélancolique comme lors de ces interminables journées grises où elle s’empiffrait de bouquins dans un silence poétique. La petite mariée de Chagall l’avait particulièrement touché tant l’ouvrage décrit l’acharnement du Temps à couler abondamment sans se lasser. Pour Sandra, le Temps est d’une insolence extrême puisqu’il n’obéit à personne sauf à lui-même. Elle aurait voulu, à ce moment précis, l’attraper et lui ordonner de s’arrêter l’espace d’un instant. Le Temps se fiche de l’instant. Il a le temps. Sandra maudit ceux qui parvenaient à vivre au jour le jour et qui l’incitaient à faire de même. À cet instant, le passé semblait l’attirer dans un gouffre dangereux où il est impossible d’en sortir indemne.

Le brouhaha fit ensuite place à un silence à moitié sourd. Sandra était dans la salle de bain. Elle ferma la porte à clef, puis ses yeux, et souffla profondément. Le calme de la pièce lui prodigua un bien-être soudain. Le temps semblait se passer plus lentement loin des attroupements. Elle s’avança vers la baignoire dans le but de s’y faufiler et d’y être tranquille, lorsque son pied dérapa sur de l’eau répandue au sol. Sandra, n’ayant pas eu le temps de se rattraper correctement, poussa un cri avant que son crâne ne se cogna violemment contre le rebord du lavabo. Les étoiles dont elle rêvait tant défilèrent devant ses yeux, puis furent remplacées par une douce lumière sans couleur. Sandra perdit la vie sur le coup. À cet instant, au cœur de la cohue, les invités balançaient leurs corps sur une certaine mélodie, en yaourtant d’une manière assurée « Dear lady, can you hear the wind blow, and did you know your stairway lies on the whispering wind ».

2 octobre, 2017 à 21 h 58 min | Commentaires (0) | Permalien


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