Au fond de Soi, Endroit de Paix, Silence de l'Ame

Bagarre

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Il veut le frapper. Elle s’interpose. L’autre a commencé, il en est certain.

Un regard de travers, c’est assez pour le mettre en colère.

Elle refuse que son mari se batte. Pas encore. Pas ce soir.

Mais l’autre con a commencé, avec ses regards noirs de provocation dans leur direction. Dans SA direction.

Alors il veut le frapper, lui éclater les dents, lui arracher les yeux pour lui faire bouffer.

Sa colère est au sommet, jusqu’aux nervures de son front, jusqu’à la crispation de ses poings.

Le regard que l’autre lui a lancé, il le ressent jusqu’au plus profond de son être et de ses entrailles.

C’est le même. C’était le même regard, lorsqu’il était jeune.

C’était le même regard qu’on lui lançait, chaque soir, avant les coups de ceinture. Juste après le souper.

Il n’avait qu’à faire la vaisselle, après tout. Mais il ne comprenait pas, et ce soir, il ne comprend pas non plus.

L’autre est un con. Il veut le frapper.

Il va le frapper.

30 novembre, 2017 à 9 h 36 min | Commentaires (0) | Permalien


Nature

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Loin des craquements des portes et du silence des murs,

des sanglots étouffés dans des sourires forcés,

des relations insidieuses sculptées au creux de glaciaux échanges,

se trouve une véritable mine d’or et d’argent,

La Nature.

24 novembre, 2017 à 11 h 28 min | Commentaires (1) | Permalien


Black Hole Video – II ( Partie 2 sur 17 )

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L’Abysse est en vue. Le pub pourrait paraître glauque pour les personnes ayant l’habitude des bars branchés. Il n’est pas grand, assez sombre et possède une certaine clientèle plutôt étrange. Mes quatre amis et moi, on s’en fiche. Nous nous y sentons bien, et l’alcool n’est pas cher. Nous entrons, et ressentons une nouvelle fois l’ambiance qui nous est maintenant familière. Les néons bleus recouvrent l’intérieur du bar, et les divers aquariums nous plongent dans l’univers des fonds marins. Nous connaissons les poissons, et à une certaine heure, ils semblent parfois nous comprendre. Jimmy paie la première tournée. Et rebelote. Nous nous posons à notre table habituelle. 21H23.

  • L’album Division Bell les surpasse tous, c’est évident, s’exclame Gabriel.
  • Parce que tu es trop jeune pour connaître l’avant-Division Bell, je te parle là d’albums cultes qui ont presque bercé nos parents, soutient Chris en buvant une gorgée de bière.
  • Tu parles comme un vieux, parfois. – Il regarde ailleurs – Au fait, Jimmy, ça avance avec Chloé ?

Sasha émet un petit rire soutenu. La question n’a pas l’air de plaire à Chris, qui lâche un regard froid à Gabriel. Jimmy répond, l’air assuré :

  • Bien sûr ! Elle m’envoie des messages plutôt chauds d’puis t’à l’heure mais j’voulais éviter d’en parler d’avant son frère, dit-il en regardant Chris. Désolé frangin.

Un rire commun s’élève dans les airs. Tout le groupe y compris Chris le sait : Jimmy a tendance à en rajouter, voire à inventer des histoires toutes plus tordues les unes que les autres.

  • J’espère que tu n’es pas aussi naïf pour croire qu’il existe ne serait-ce qu’une petite chance de sortir avec ma sœur ?
  • Laisse-le rêver, va, dit Gabriel d’un geste de la main.
  • Je dis ça, c’est aussi pour ne pas qu’il se prenne une gifle en plein visage. En ce moment, elle a un peu les nerfs à vif, avec ses examens et… et le fait que nous squattons le studio.
  • Dis, Chris, ce studio, c’est aussi le tien, non ?
  • Oui, mais je ne veux juste pas compromettre ses études à cause de nos conneries. C’est bien beau de boire tous les jours, mais…
  • Oh ! Tu nous fais quoi là ? Tu es en train de nous dire que, si ta sœur foire ses examens, c’est de notre faute ?
  • C’est de la mienne, surtout. Enfin, nous voilà à nouveau au ba…

Gabriel, interrompant Chris, lève tout à coup son verre :

  • Je trinque à la jeunesse ! A l’amitié ! Et à l’amour !

Les verres se cognent les uns contre les autres, et l’alcool coule dans les gorges. Que c’est bon d’être jeune.

22H30. J’ai déjà filmé quelques bribes de la soirée. Je pense à la réalisation d’un prochain montage de nos souvenirs. Sasha et Gabriel se parlent depuis un quart d’heure à l’extérieur du bar. Chris, plutôt silencieux, et moi, écoutons (ou entendons) le déversement de paroles de Jimmy, dans un état second d’ébriété.  :

  • Non mais là, j’lui dit « Eh, petit con, redis encore un truc du genre et tu vas voir qui c’est qui se fera démonter ». Alors, vous m’connaissez, moi, j’suis pas un violent mais quand il s’agit d’ma famille, alors là, j’peux tout détruire. Alors, j’le prends, et…

Come Together des Beatles, surgit des enceintes du bar. La musique emplit la salle, les gens commencent à se lever et danser. Le son de la musique stimule mon envie de boire. Les ondes sonores rassemblent les gens, les désinhibent. La joie se lit sur les visages, mais le regard de Chris ne dérive pas des fenêtres. A travers celles-ci, nous voyons deux ombres entrelacées, puis s’embrasser. Sasha et Gabriel.

  • Le mec saignait du nez, comme une vache qui pisse, continue Jimmy sans s’apercevoir que plus personne ne l’écoutait, malgré la haute tonalité de sa voix. Alors, moi, j’le regarde et j’lui dis « Plus jamais tu touches à ma famille, p’tit con ». Vous en pensez quoi, j’aurais dû l’buter ?

Chris plonge son regard dans celui de Jimmy, et lui parle d’une froideur soudaine :

  • On s’en branle, de tes histoires à la mords-moi-le-nœud.

Les yeux de Jimmy s’écarquillent en même temps que sa bouche se ferme. J’éteins la caméra. Le silence que Chris a lancé est pesant, voire gênant. Pourquoi est-il tout à coup si dur avec lui ? C’est en détournant le regard vers le « nouveau couple » à l’extérieur, que je comprends la raison de sa soudaine colère. Inutile de d’y attarder pour l’instant, je change de discussion :

  • Je n’en reviens pas ! Le prix de la bière a augmenté.
  • Non, c’est le même qu’hier, et que tous les autres jours.

Sasha et Gabriel rentrent à nouveau dans le pub, et se posent à la table.

  • On a une annonce à vous faire, les gars.

Silence.

  • Sasha et moi, c’est officiel.

Le silence persiste. Jimmy se lève soudainement et sort de l’Abysse en titubant. Chris finit alors son verre et se dirige vers le comptoir.

  • C’est super, ça. On a rien vu venir, tiens, dis-je ironiquement. Et que ça dure.
  • Merci Nacho !

Les yeux verts de Sasha sont jetés sur Chris, qui s’approche avec, dans ses mains, une nouvelle tournée de shoots. Il s’exclame :

  • On arrose la nouvelle ! Vodka pour tout le monde !

Je remarque Sasha fixant le sol, pendant que Gabriel montre sa joie de se tordre à nouveau les boyaux avec de l’alcool fort. Il n’a rien remarqué. Tant mieux.

  • Au fait, Jimmy est parti, dit-il. Il avait l’air défoncé, le pauvre. Comme tous les soirs, ah ah ah…

00H24. Cela fait déjà une, deux, voir trois heures que nous buvons à en perdre la tête. A chaque fois qu’un verre se vide, Chris se rend au comptoir pour le remplir. Nous ne prêtons plus attention au monde extérieur. Nous sommes seulement quatre, et nous discutons, rions et dansons. Nous ne comptons plus les verres sur la table, ni les minutes qui défilent. Les musiques s’enchaînent, les gens dansent et la vie continue. Jimmy n’est pas revenu, il doit être actuellement dans un profond sommeil. Plus d’inquiétude. J’en suis même venu à oublier la discorde de tout à l’heure. Vive la vie !

00H28. Sasha et Gabriel dansent au centre de la piste, laissant leurs corps bouger au gré de la musique, leurs mains se toucher et leurs bouches se frôler. Chris ne m’écoute plus : ses yeux suivent leurs pas de danse comme un chorégraphe le fait pour ses danseurs.

  • Boit, me dit-il en me tendant un shot de vodka.
  • Non merci, j’ai… déjà assez bu.
  • Boit, s’il te plaît. Bois avec moi.

Je cède. Le verre caresse mes lèvres, et l’alcool se verse, doucement, dans ma gorge. Le monde tourne autour de moi. J’aime cela.

1H08. De quoi parle-t-on ? Pourquoi rigole-t-on ? Gabriel embrasse Sasha. Ma caméra filme. Sasha enlace Chris. J’ai l’impression de ne plus pouvoir parler. Je danse. Je danse avec Sasha. Le monde se ralentit. A moins qu’il accélère ? Gab et Chris se parlent. Je perds ma caméra. Je ne contrôle plus mon corps. Je rigole. Le bar se vide. Je sors. Les étoiles me fixent. Je dégobille. Gabriel m’aide. Je retrouve ma caméra. Je bois. Chris boit. Gabriel boit. Sasha boit. Trou noir.

20 novembre, 2017 à 14 h 08 min | Commentaires (0) | Permalien


L’instrument

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Pour la corde qui vibre,

Rien n’est plus beau que le son,

La main sur le bois

16 novembre, 2017 à 9 h 46 min | Commentaires (0) | Permalien


Black Hole Video – I ( Partie 1 sur 17 )

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22/04/2016

 

Nous pouvons déjà reconnaître la banalité de la soirée avant que celle-ci ne commence. Nous allons premièrement nous donner rendez-vous chez Christopher, qui habite un studio parfaitement situé entre l’épicerie du coin et l’Abysse, notre bar favori. Je me vois déjà arriver en retard, comme à mon habitude, et remarquer sur le divan Cédric et Marie, un couple d’amis ne semblant pas s’autoriser à sortir sans consentement mutuel. Être ami avec l’un, c’est adopter l’autre ! Je les vois déjà se quereller comme deux politiciens tentant en vain d’avoir le dernier mot. Aucun n’aura raison, bien entendu. Près d’eux, j’imagine Jimmy, l’air ahuri, enchaînant les verres de whisky pour, comme il le dit souvent, « être d’jà bien quand il s’ra l’heure d’sortir ». Il tentera malgré tout deux ou trois blagues douteuses entre deux ou trois pintes. Dans un coin, Chloé, la grande sœur et colocataire de Christopher, restera silencieuse : un œil posé sur son téléphone portable et un autre nous surveillant. Il faut avouer, c’est avant tout son studio, où elle loge gratuitement son petit frère.

Enfin, autour de la mini-table seront assis mes trois meilleurs amis. Au lycée, beaucoup nous décrivent comme des inséparables, parfois en nous assimilant aux Quatre Mousquetaires, aux Quatre Fantastiques ou encore aux Quatre Tortues Ninjas. Nous sommes juste Quatre Amis qui s’entendent bien. En ouvrant la porte, il y aura des chances que je surprenne Christopher, tentant de faire comprendre les fondements philosophiques d’une idée au groupe. Contés par une autre personne que lui, nous trouverions ça soporifique. Chris a cette faculté de rendre intéressantes les choses les plus ennuyantes de la Terre. Il sera sans doute vêtu de l’une de ses innombrables chemises à carreaux, et aura ses cheveux bruns proprement coiffés au-dessus de sa paire de lunettes. L’air intellectuel lui donne un certain charisme, mais il faut avouer que c’est Gabriel qui plaît le plus aux filles du lycée. Gabriel a les cheveux mi-longs, constamment en bataille et lui cachant une grande partie de son front.

Il faut voir, en Gab, plus loin que le stéréotype du lycéen populaire jouant un air de guitare devant une horde de groupies prêtes à se déshabiller pour ses beaux yeux marrons. Même si ce genre de scène arrive parfois. Au milieu de ces deux gars, Sasha. En temps normal, elle reste plutôt discrète au lycée, se voilant derrière une courte cascade de cheveux roux et un look de gentille anarchiste. Sasha a bien plus qu’un « A » accroché au sac à dos, bien plus qu’une paire de Docs Martens à ses pieds, bien plus qu’une chaîne reliant sa ceinture à son jean délavé : elle a un merveilleux esprit critique et un franc-parler qui ferait pâlir le plus audacieux des mâles. C’est pour toutes ces raisons que le lycée entier fut étonné lorsque Sasha et Gabriel se rapprochèrent. Moi y compris.

Il est 19h26 lorsque je toque à la porte de Christopher. J’ai, comme à mon habitude, embarqué ma vieille caméra afin de garder le maximum de souvenirs. Gabriel pense de celle-ci qu’elle est un moyen de me donner un genre, de me créer un style. Christopher pense qu’elle n’est qu’un moyen de cacher ma timidité derrière un semblant de miroir technologique. Je pense que ces paroles sont des foutaises ; j’aime filmer, j’aime regarder mes films et en général, j’aime le cinéma. C’est tout. Christopher, habillé d’une chemise blanche à carreaux bleus, ouvre la porte et me serre la main :

  • Salut mon grand. Installe-toi, ce soir, on fête mon anniversaire !
  • C’est pas dans deux semaines ?
  • Si, mais ça commence maintenant, dit-il en lâchant un large sourire.

Cédric et Marie sont installés sur le divan. Les chaises sont, sûrement, trop sujettes à l’individualité. Leur discussion paraît mouvementée, à la vue des sourcils renfrognés de Marie et des gestes maladroits de Cédric. Ils s’arrêtent soudainement et lâchent un regard dans ma direction, suivi d’un salut de la main. Leur « discussion » reprend alors, comme s’il n’y avait jamais eu cet interlude. Jimmy, lui, est assis proche de Chloé, peut-être un peu trop, connaissant la grande sœur de Chris. Les yeux levés au plafond, je suppose qu’elle n’écoute rien des vanteries du grand gaillard. Elle ne va sans doute pas tarder à l’envoyer paître, et lui ne s’imagine rien pour le moment. Pauvre Jimmy.

Mon regard se pose alors sur mes deux autres camarades, Gabriel et Sasha, se parlant autour de la mini-table. Leur complicité est flagrante : il la fait sourire, elle le fait rire. Tant mieux. Je les rejoins, en compagnie de Chris :

  • Vous parlez de moi, c’est ça ?
  • Salut Nacho, s’exclament-ils en cœur.
  • Je m’appelle Nathan, vous savez.
  • Tu ne t’appelles plus Nathan depuis la fois où nous sommes allés au restaurant mexicain, ricane Sasha.
  • Je vous avez prévenu, je ne supporte pas l’épicé, dis-je en leur souriant.
  • Les toilettes s’en souviennent plus que nous. Ce n’est pas nous les victimes dans l’histoire !

Et la soirée commence. L’alcool se verse dans nos gosiers, les discussions s’enchaînent et les rires fusent. 20H42. Je sors ma caméra de sa pochette, l’active, et la pose de façon à ce que l’angle englobe le groupe entier.

  • Samantha te regarde en permanence, Chris. Elle te déshabille du regard et tu oses nous dire que tu ne l’intéresses pas ?
  • Je suis conscient, Gabriel, que Sam ne souhaite pas me déshabiller que du regard. Le hic, et tu le sais, c’est que je cherche beaucoup plus qu’une partie de jambes en l’air. Je veux me réveiller tous les matins aux côtés de la femme que j’aime, et…
  • Quand est-ce que tu as perdu tes testicules ?
  • C’est toi qui risques de les perdre si tu continues à m’interrompre.

Ils s’amusent alors à se donner des petits coups en ricanant. Ce genre de situation arrive tellement que cela ne nous étonne plus : ce sont deux copains qui jouent constamment au cow-boy et à l’indien, deux rivaux du dimanche mais deux amis avant tout. C’est à ce moment que la voix de Jimmy s’élève dans la pièce :

  • Bon, les gamins, c’est bien beau l’amour mais c’est quand qu’on picole au bar ?

En temps normal, le loyal programme de la soirée s’ensuit sans surprise de quelques verres à l’Abysse, notre bar habituel. Malgré le soi-disant anniversaire de Chris, aujourd’hui semble bien être un « temps normal ». En effet, Cédric et Marie nous saluent poliment tout en nous prétextant une chose importante à faire, et Chloé nous pousse doucement vers la sortie puis lâche un long souffle en posant le regard sur l’état du salon. Nous marchons alors en direction du pub, tels cinq gladiateurs prêts à entrer dans l’arène de la beuverie sans limite. Il fait déjà nuit, seuls nous éclairent la grande Lune, les lampadaires et le flash de ma caméra.

Black Hole Video

13 novembre, 2017 à 23 h 52 min | Commentaires (0) | Permalien


J’ai cherché les mots.

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Dans l’ombre des grandes phrases,

Dans les traces des grands Hommes,

Au cœur des pointillés des toiles inspirées de son corps,

Des étoiles scintillantes peintes dans un sombre décor.

Au cœur de nos cœurs, encore et encore,

J’ai cherché les mots, et je les cherche encore.

Au creux du sable qui s’écoule et dans l’eau qui s’évapore,

Dans le regard des uns et dans les actes des autres,

Dans le souffle chaud du ciel, dans les trésors de l’aurore,

Dans les baisés noyés de sel et dans les bouteilles remplies d’or.

Au cœur de nos cœurs, À la vie à la mort,

J’ai cherché les mots, et je les cherche encore.

En écrivant je vis, mais en vivant j’ignore,

Que les mots m’ont trop cherché, et bien sûr me cherchent encore.

SpirouSan, Août 2017

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30 octobre, 2017 à 11 h 16 min | Commentaires (2) | Permalien


Le Ruisseau

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On entend que lui,

Ce ruisseau qui vit dans les

Flancs de la Géante

25 octobre, 2017 à 16 h 26 min | Commentaires (1) | Permalien


Fracture

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Ce matin, tard dans la nuit, je me suis cassé un os.

Il m’a paru compliqué d’imaginer

que sur les deux-cent-six structurant notre corps humain,

un seul trop faible a malgré tout la capacité de nous clouer au sol,

dans un élan de douleur et dans d’effroyables gémissements.

Nous avons tendance à oublier que chaque jour,

à chaque minute et à chaque seconde,

nos os détiennent notre droit de vivre comme tout le monde,

de vivre debout.

20 octobre, 2017 à 11 h 24 min | Commentaires (0) | Permalien


La Limite

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Je me suis souvent demandé quelle était la limite de l’imagination.

J’ai ma réponse lorsque je ne parviens pas à l’imaginer.

17 octobre, 2017 à 16 h 28 min | Commentaires (1) | Permalien


L’homme et l’éphémère

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L’Onirique histoire de

L’HOMME ET L’ÉPHÉMÈRE

Prologue.

« Chaque Homme est une histoire qui n’est identique à aucune autre »

J’ai souvent eu du mal à mettre des mots sur les histoires de mon passé, sûrement parce qu’aucune ne valait le coup de les raconter à quelqu’un qui n’allait probablement pas écouter. Aujourd’hui, j’ai compris que certaines histoires n’ont d’importance que pour le conteur, et celle que je m’apprête à dévoiler en a réellement beaucoup pour moi. Elle n’est pas un résumé d’un quelconque film à l’eau de rose, ni un vulgaire potin que l’on s’empresse de dire au premier inconnu. Ce n’est pas l’histoire la plus heureuse, ni la plus malheureuse, mais c’est mon histoire. C’est notre histoire. C’est la nostalgie des premières fois, c’est les souvenirs des moments vécus, c’est les regrets des derniers instants. Et maintenant, ce n’est d’autre qu’un parasite installé bien confortablement dans ma cage thoracique qui broie mon cœur en deux à chaque fois que j’y pense. Mais c’est mon parasite.

Même si elles sont parfois imaginaires, les histoires existent. Que ce soit dans l’imagination d’un enfant, le cœur d’un Homme ou la mémoire d’une vieille personne, elles flottent constamment dans l’atmosphère. Détaillées ou non, imaginées ou non, bien contées ou non, elles provoquent chez chacun des réactions et des sensations différentes. Pourtant, chaque histoire a un point en commun : un début. Dans le conte Le Petit Chaperon Rouge de Charles Perrault, c’est une rencontre avec le grand méchant loup, dans le roman de JRR Tolkien, La Communauté de l’Anneau, c’est un départ en vue d’accomplir une quête, dans le film Eternal Sunshine of the Spotless Mind de Michel Gondry, c’est une rupture amoureuse. En bref, même la naissance est un commencement d’histoire : une formation d’un corps, une création de lien, un préambule à toute une succédé de choix et d’actes, un premier apprentissage, l’origine de la vie.

On dit souvent que la vie est une succession de probabilités aléatoires, un long et sinueux chemin hasardeux qui nous mènent là où nous en sommes actuellement. L’histoire que je m’apprête à vous raconter en est un exemple typique. Et cet épisode de ma vie a non seulement un début, mais aussi une fin.

 

10 Juin 2015

Il y a précisément 517 500 habitants dans la ville où je réside, et 207 bars installés sur son territoire de 71km², soit l’équivalent d’un bar pour environ 2 500 personnes. Ce soir-là et à cette heure précise, 157 bars montraient encore la pancarte « ouvert », et je me trouvais dans l’un de ceux-là. Quelle était la probabilité que je la rencontre à ce moment précis dans ce bar loin d’être le plus branché de la ville ? En cette soirée plutôt agitée, 142 personnes festoyaient, soit 1,4 personnes au m². J’étais posé sur l’une des 72 places assises du bar, en compagnie de deux amis. Je connaissais donc 4,1 % des personnes assises dans le bar. Nous étions accoudés au comptoir où se trouvaient exactement 9 tabourets, soit 12,5% des places assises. Encore une fois, quelle était la probabilité d’être assis juste à côté d’elle ? Sur le comptoir étaient posées 53 verres d’alcool, dont 38 bières et 29 similaires à la mienne.

Bien que je fusse déjà sacrément alcoolisé, un de mes amis m’avait forcé à recommander une bière. J’étais arrivé à un taux d’alcoolémie de 1,2 gramme dans le sang, ma vision s’en trouvait brouillé et mon cerveau comme mon corps réagissaient différemment. 29 bières comme la mienne sur le comptoir, et seulement 8 à portée de bras. Un manque d’attention, une petite tape sur l’épaule, et un mot dans l’oreille m’a poussé à me retourner vers elle :

« Tu as bu dans ma bière. »

Malgré le bruit des verres de bière qui claquaient les tables, les chants à plein poumon, les rires hystériques et la musique plus forte que jamais, sa phrase résonna dans mon crâne. Je ne sais pas si c’était l’alcool qui me faisait tourner la tête ou l’effet que me provoquait cette rencontre inattendue, mais j’eus l’impression que le monde qui s’activait auparavant autour de nous avait ralenti, que le comptoir s’éloignait, que les gens s’effaçaient et que mon corps ne réagissait plus.

Son rire fut si soudain que je repris conscience directement de la situation grotesque. J’étais un mec complètement saoul qui la fixait dans les yeux, immobile, les yeux livides et la bouche entrouverte, gardant son verre de bière à la main comme si j’attendais quelque chose de cette femme. Elle répéta alors plus fort l’unique phrase que j’avais entendue de sa bouche, et je reposai sans attendre la bière devant elle.

11 Juin 2015

Il était 14h25 lorsque je me suis réveillé en compagnie d’un mal de tête insoutenable, un véritable coup de marteau dans mon crâne. J’eus de la peine à me lever et à me traîner jusqu’à la cuisine où je préparai un semblant de petit-déjeuner : deux biscottes et un bol de céréales. Mes mouvements étaient lourdement lents, chaque moindre bruit était strident. J’essayais en vain de me rappeler de chaque moment de ma soirée, c’était comme si quelqu’un s’était infiltré au creux de mon cerveau pendant la nuit et avait fait disparaître mes souvenirs. Je me suis rassuré en me disant que j’étais bel et bien arrivé chez moi, même complètement saoul. Et c’est à ce moment-là où son image apparut. Certes, de nombreux détails me manquaient, mais elle avait bien existé et cela m’a fait sourire. Ce matin-là, elle n’était pour moi qu’un souvenir flou, un fantôme vagabondant dans les entrailles de mes pensées, Des brides de souvenirs me revenaient, des morceaux de phrase, des parties de son corps.

Une danse. Oui, mes mains avaient tenu ses hanches sur le son d’une douce musique inconnue. Je recherchais sans cesse de nouveaux éléments qui m’auraient permis de me rappeler des moindres détails. En vain. Son prénom ? Impossible de m’en rappeler. De plus, mon téléphone portable était introuvable. Après avoir fini la deuxième biscotte et bu le lait du bol de céréales, je jetai un œil sur l’état de mon appartement. La vaisselle sale s’entassait dans l’évier, des habits jonchaient le sol et un cendrier avait été renversé derrière le canapé. Il aurait fallu que je me mette à ranger le tout mais j’étais en retard pour mon rendez-vous. « Mala Vida » de Mano Negra, voilà la chanson sur laquelle nous avions dansé Elle et moi. Une longue discussion. Oui, nous avions longuement parlé dans la soirée, mais les sujets restaient vagues et flous.

Le peu de souvenirs que j’avais ne coordonnaient pas : un arbre, une odeur, un fleuve… En bref, la retrouver allait être compliqué, mais je ressentais étrangement le besoin de la revoir. De sentir à nouveau son parfum.

Je commençai alors à m’habiller pour sortir.

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« Je… Je suis désolé »

Elle me sourit une dernière fois avant de boire une gorgée de bière. Il fallait que je lui parle, je ne sais toujours pas ce qui provoquait ce désir mais il le fallait :

« Tu aimes bien la bière ? »

Bordel. Qu’est-ce qui m’as pris de dire « Tu aimes bien la bière » ? Pourquoi je n’ai pas su rebondir comme dans les films où chaque répartie était préparée et provoquait un mystérieux romantisme. Elle répondit sur un ton amusé :

« Tu n’as pas mieux comme technique d’approche ? »

C’était direct et j’aimais ça. Sa voix était douce et comparé au bruit omniprésent du bar dans lequel nous étions, c’était une sonorité angélique. Elle n’avait pas sa place dans cet environnement brute et sans complexe. Il fallait que je réponde en me démarquant, que je trouve une de ces phrases qui me donne l’air originalement cool. Mon cerveau était au ralenti malgré la forte dose d’alcool dans mon sang. Et elle continuait de me fixer dans les yeux. Et ses yeux, mon Dieu, ses yeux.

Le jeu avait commencé, ce jeu de séduction où deux personnes tentent d’avoir le dessus, une sorte de distance qui rapproche, un défilé de différents masques que portent les joueurs pour arriver à leur fin. C’était maintenant ou jamais. Je répondis d’une voix grave, entre deux gorgées de bière :

  • « Tu souhaites que je la joue comment ? Mystérieux ? Drôle ? Bon copain ? Créatif ?

  • Pourquoi tout simplement ne pas rester toi-même ?

  • Parce que je suis bourré. »

Nous étions face à face, accoudés au comptoir. Derrière moi, mes amis se parlaient, derrière elle les siens faisaient la même. C’était un duel dans une arène, et je savais que mes acolytes viendraient me porter secours si la situation dégénérait. Elle parla alors d’un ton amusé :

« Tu peux tout aussi bien être ivre et bourré de talent ! »

En plus d’être ravissante, elle avait de l’humour. Je répondis ensuite :

  • « Je sais jouer quelques airs plus ou moins médiocres à la guitare, courir plus de 30 minutes en gardant un point de côté et réciter l’alphabet à l’envers sans faute. Tu penses encore qu’il est possible que j’ai du talent ?

  • Bien sur ! Répondit-elle.

  • Vraiment ?

  • Oui ! Bien sur que j’aime la bière, surtout quand on me la paie ! 

  • J’ai compris le message, dis-je en riant. Blonde, blanche ou brune ? »

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J’étais en retard, fatigué et je n’avais pas eu le temps de prendre une douche. Je pressai alors le pas tout en essayant de me rappeler de la soirée de la veille, de trouver un indice, un endroit dans ma tête où les souvenirs étaient enfouis. Il faisait beau et cela reflétait sur le visage des gens, mais pas sur le mien. Non, je me sentais bizarre. J’avais le besoin de me souvenir de cette femme, et si possible de la retrouver. Ça allait être impossible mais je voulais me convaincre que je pouvais y arriver, c’était le seul moyen. J’étais déterminé à donner tout mon temps et toute mon énergie jusqu’au jour où elle se trouverait devant moi comme la veille au bar.

Je parvins alors à destination, et rentrai au sein du bâtiment principal. Je n’aimais pas ce hall, il me faisait penser à la raison de mes nombreuses venues, de mes trop nombreuses venues. Je détestais ce téléphone qui sonnait sans cesse, je détestais cette secrétaire qui me connaissais je ne sais comment, je détestais ce décor neutre, ces tableaux inutiles, ces plantes présentes juste pour cacher la tristesse de l’endroit, et je détestais par-dessus tout cette porte. Cette porte représentait tout ce que je ne pouvais accepter, mes longues nuits d’insomnie et ma souffrance constante. La secrétaire me salua et me désigna cette porte comme si c’était la première fois que je venais. Je grommelai quelques injures et arrivai devant ce que j’appelais dorénavant « le bureau des complaintes ». Je tournai la poignée, poussai la porte et découvris une nouvelle fois cette vaste pièce où se trouvait une grande bibliothèque murale, une baie vitrée donnant sur un grand jardin fleuri, deux fauteuils rustiques et sur l’un deux, mon psychologue.

Et le rendez-vous avec mon psychologue se déroulait comme à son habitude : j’arrive avec la stricte volonté de ne rien dire, puis d’un coup ça explose et je me laisse à dévoiler à une personne que je ne connais pas tout ce que je ressens, tout ce que j’endure depuis ma rupture avec la femme que j’appelle communément « l’histoire de ma vie », avant de le payer pour m’excuser de lui faire perdre son temps.

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Cela faisait déjà deux heures que l’on passait à se parler dans le bar, des étoiles aux pâquerettes, en passant par nos goûts musicaux ou nos opinions politiques. Et bordel, qu’est-ce que c’était bon. Elle avait de la discussion, et même les périodes où l’on ne parlait pas en disaient beaucoup. Mais elle parlait très peu d’elle, elle était un mystère vivant et je trouvais que c’était une bonne chose. Au moins, elle ne me décevait pas. Nous étions deux au milieu d’une foule silencieuse et le Temps semblait figé comme si la Lune avait oublié sa course. Il fallait que ça continue, je me devais de garder le contrôle de mes actes et de mes paroles. Mais nous buvions beaucoup. Beaucoup trop. Nous avions un jeu, enfin, elle avait insisté pour que l’on y joue : dès que nous posions une question trop personnelle, nous devions boire. Elle n’arrêtait pas de me dire que la nuit allait être unique et qu’il ne fallait pas perdre de temps avec notre vie quotidienne. Je me suis laissé embarquer dans une spirale infernale mêlant bonheur et folie. « Pourquoi craindre la vie alors que nous craignons déjà la mort ? ». C’était ses mots, ils pourraient paraître abrupts s’ils n’étaient pas prononcés par elle et la douceur naturelle qui l’accompagne. Elle avait des avis presque trop purs pour le monde dans lequel on vit, elle vivait dans un autre monde mais c’était son monde et il était beau. Elle était calme tout en me faisant rire, elle était douce tout en étant vive, elle était belle.

Vers 02h00 du matin, ma tête commença réellement à tourner et je lui proposai alors de sortir du bar. Elle jeta un bref coup d’œil en direction de ses amis avant d’acquiescer avec un grand sourire. Nous sortîmes du bar en direction d’un chemin qui longe le fleuve. Puis vint le silence. Nous avions passé toute la soirée dans le bruit d’une horde alcoolisée dansant sur une musique populaire. Le long du fleuve, il n’y avait que le bruit du vent. Elle ne parlait plus, mais étrangement la situation était loin d’être gênante : je ne ressentais pas non plus l’envie de parler. Je ne la connaissais pas, elle ne me connaissait pas, nous étions deux inconnues marchant dans une nuit noire, deux corps perdus, deux âmes qui se sont trouvées. Nous avions beaucoup rigolé, beaucoup parlé et beaucoup bu, mais nous ne nous connaissions qu’à travers nos regards, nos actes et nos présences. Les circonstances avaient fait de nous des amis d’une nuit, des objets du hasard, des êtres de l’instant T.

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Le rendez-vous avait déjà commencé depuis trente minutes et je me surprenais à parler à cœur ouvert comme s’il me comprenait :

  • Elle me manque terriblement. Elle me manque putain. Son cœur me manque. Et le mien aussi. Je lui ai tout donné et elle est parti avec, je lui ai laissé une énorme partie de moi et maintenant je suis seul avec le cœur en charpie. Pourquoi ce n’est pas comme dans les films ? Une rupture douloureuse puis d’un coup, plus rien. Une nouvelle rencontre et hop, la boucle est bouclée et le jeu continue. Pourquoi est-elle si réelle. Je n’arrive plus à être attiré par d’autres filles, elle m’a bousillé. Je n’arrive pas à l’oublier, ce n’est même plus de l’amour que j’éprouve pour elle mais de l’obsession. Je ne sais même pas si j’aimerais passer à autre chose. Oui, peut-être que j’aime tout ça en fin de compte, avoir mal, souffrir le martyr. Si seulement une personne pouvait me faire ressentir rien qu’un peu le sentiment que j’avais quand elle me regardait, les frissons qui parcouraient mon corps quand je la prenais dans mes bras, le bonheur de tous ces moments passés ensemble. Et je ressasse. Je ressasse. Je ressasse encore et toujours. La même chose chaque jour. Elle est partie intégrante de mon quotidien, je ne suis qu’un détail du passé. J’espère un miracle qui la transformera un beau matin comme toutes les autres filles. Mais elle n’est pas toutes les autres filles. Le ciel n’a jamais été aussi gris, et je me déteste d’être comme ça car je n’attends plus rien, pas de pitié ni d’excuse. Je veux juste qu’elle sache qu’elle a été la seule qui m’a fait sentir que j’étais vivant. J’aimerais que toute la tristesse et l’amertume de notre passé s’échappe de ma cage thoracique car ça me fait mal. Mais malgré tout c’est une douleur dont je suis attaché, j’aime cette douleur et c’est une sensation qui me fait rendre compte de ma folie. Il me faut sûrement beaucoup plus de temps, ça ne fait après tout que… deux ans. Il lui fallait du temps pour m’aimer à nouveau, et elle n’a pas réussi. Je souhaite réussir à l’oublier, car pour l’instant je n’ai pas eu le temps de réussir.

  • Je cite ce que vous avez dit précédemment : « elle n’est pas toutes les autres filles ». Et vous avez totalement raison sur ce point. Cette personne représente toute votre souffrance, tout votre mal-être. Vous donnez le prénom de votre ex-amie à toutes les mauvaises choses qui vous arrivent. Relativisez, vous avez sûrement un prénom à donner aux bonnes choses qui sont arrivées après votre malheureuse rupture. 

« J’aimerais bien mais malheureusement, je ne me rappelle pas de son prénom » pensai-je alors.

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L’ambiance était spatiale, nous étions seuls dans la nuit, au milieu de cette nature paisible et silencieuse. On aurait dit que le Monde nous respectait, qu’il savait que ce moment était unique et qu’il ne fallait absolument pas nous déranger. Je n’avais aucune notion du temps, à moitié grâce à l’effet de l’alcool, de l’autre grâce à cette mystérieuse rencontre. Je sortis alors mon téléphone portable de ma poche dans l’optique de regarder l’heure, et c’est à ce moment précis qu’elle brisa le silence :

  • « Tu t’embêtes ?

  • Mon Dieu, non !

  • Alors pourquoi tu sors ton téléphone ? Pour faire beau ? 

  • Wow, quel direct ! Je regardais juste l’heure.

  • C’est vraiment important ? »

Sous le choc, je n’ai pas pris le temps de réfléchir et voulus faire une chose dont elle se souviendrait toute sa vie car d’une, je ne voulais pas être une simple rencontre de passage mais un événement marquant, de l’autre elle avait raison, la nuit était belle et le temps était superflu, ça allait se terminer quoiqu’il arrive et j’en étais bien conscient. Je me devais de profiter de l’instant présent sans me soucier de l’heure, du lieu ou des conditions : elle était là, j’étais là et c’était bien suffisant. Alors j’empoignai mon téléphone portable, pris de l’élan et le jetai le plus loin possible dans le fleuve. Elle resta bouche bée, se retourna vers moi et me fixa dans les yeux l’air étonné. Elle avait sûrement compris la raison qui m’a poussé à agir de la sorte, mais je pris quand même la parole :

« Tu as raison, ce n’est pas important. Rien n’est important. »

Alors elle s’avança vers moi, pris ma main et cessa de me fixer pour jeter son regard vers le fleuve. En quelques instants, une certaine tristesse s’était installée dans l’atmosphère.

« Je ne connais pas ton prénom, dis-je ensuite. »

Alors elle déversa son regard dans le mien, et je cru reconnaître de la tendresse dans la lueur de ses yeux. Elle s’approcha de moi, et plus la distance entre elle et moi diminuait, plus mon cœur battait vite. Plus vite. Plus fort. 30 centimètres. Allait-elle m’embrasser ? Peut-être. C’est elle qui approchait après tout. Et c’est mon cœur qui battait. 20 centimètres. Un battement. 2 battements. 2 sourires. Un regard. 3 battements. 10 centimètres. 4 battements. 5 battements. 03h56. 2 bouches. 6 battements. 2 êtres. 2 inconnus. 2 corps. Un baiser.

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Mon rendez-vous chez le psychologue avait pris fin vers 16h, et comme d’habitude je ne me sentais pas vraiment mieux. Je n’allais pas le voir avec l’idée de guérir miraculeusement, mais au moins j’en parlais et ça me permettait d’évacuer des choses qui restaient enfouies jusqu’à présent. Le psychologue n’était qu’un prétexte. En effet, ce n’est pas à mes amis et encore moins à ma famille que je parle de tout ça, d’Elle, de mon vide intérieur, de ce qui a changé et ce qui n’a pas changé depuis notre rupture. Et c’est mieux comme ça, ils ne comprendraient pas.

Arrivé chez moi, je ressentis l’envie de prendre une douche pour remettre mes idées en place. Je me sentais poisseux et vide à l’intérieur, en tout cas plus que d’habitude. Je retirai mon t-shirt tout en laissant couler l’eau, puis me suis regardé dans le miroir comme chaque jour avant la douche. J’ai souvent eu l’impression de tourner dans mon propre film, de me voir de l’extérieur. Et c’est lorsque je me regarde dans le miroir que cette impression est la plus forte. Est-ce vraiment moi que je regarde dans ce reflet ? C’est en enlevant mon pantalon qu’un carte pliée tomba sur le sol. Surpris, je m’abaissai et la dépliai pour voir le contenu de celle-ci :

ENTRÉE GRATUITE + 1 CONSOMMATION

LE MANNEKEIN PIS

SAMEDI 11 JUIN A 18H00

Qu’est-ce que cette invitation faisait dans ma poche ? De plus, je n’allais jamais dans ce genre de bar à thème branché. Ce pourrait-il que ce soit elle qui m’avait invité ? Quoiqu’il en soit, un sourire apparut sur mon visage et mon cœur commença à battre fortement. En me douchant, je réfléchissais à toutes les façons possibles de la retrouver. Sans téléphone portable, il m’était impossible de joindre Tristan et Sam qui vivaient à une cinquantaine de kilomètres de moi. Aller les voir en voiture aurait été une solution, mais il était déjà 16h30 et je voulais arriver en avance au Mannekein Pis. Car oui, il était évident que j’irais, c’était le moyen le plus simple de la retrouver.

C’était surprenant à quel point j’avais tout oublié de ce soir, où je n’aurais jamais dû oublier un seul détail.

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Nous nous étions retrouvé, une heure après le baiser, dans une boîte nocturne qui ressemblait plus à une vieille cave effrayante qu’à un lieu festif. La plupart des gens étaient ivres, voir drogués, et les seules femmes présentes étaient entourées par, en moyenne, 3 hommes. Étant moi-même ivre, j’eus du mal à mettre un mot sur ce que je ressentais, cela ressemblait à de l’appréhension mélangé à de l’euphorie. Elle prit ma main et m’emmena au centre de la piste de danse. Elle se colla à moi, fort, très fort, puis s’éloigna et revint tourner autour de moi comme si elle cherchait à ce que je l’attrape. Ce que je fit aussitôt. Et voilà, la danse avait commencé, et ce plaisir m’enivrait plus que je ne l’étais déjà. Nous étions concentrés dans cet art, malgré le vacarme autour de nous, nous cherchions la perfection malgré le désordre, nous cherchions l’extase de l’épuisement malgré la fatigue déjà présente. Je n’ai jamais été un bon danseur, mais là, ça avait l’air différent, elle m’entraînait en même temps, nous ne faisions plus qu’un et j’avais même surpris chez moi une souplesse cachée.

Nous dansions depuis 15 minutes quand tout à coup le monde tourna brusquement autour de moi et je perdis le contrôle de mes jambes. Genoux à terre, elle me releva et m’emmena dehors pour me poser contre le mur de la boîte. Le monde tournait encore, jusqu’à ce que je m’abaisse pour dégobiller le quart de l’alcool que j’avais englouti jusque là. Et je me félicite d’avoir tourné la tête pour pas qu’elle me fixe en train de vomir. Après m’être essuyer la bouche, je la regardai honteusement. Et elle se mit à rire, à beaucoup rire, et je ne tardai pas à la suivre. Nos rires éclataient dans le froid silence de la nuit.

Les musiques se succédaient, accompagnant les pas de danse et les regards heureux qu’elle me jetait. La piste se vidait peu à peu, et c’est à 5h50 que nous nous sommes retrouvés seuls, dans notre sphère éphémère. La dernière chanson résonna alors dans nos têtes, la dernière sonorité, la dernière note de musique, le dernier baiser qui signifiait implicitement la fin de notre soirée. Je la pris doucement par la main et nous sortîmes de la boîte. Un homme distribuait des tractes à la sortie, nous en prîmes une chacun sans regarder ce qui était inscrit dessus et je la pliai pour la ranger dans ma poche. Il nous parla pendant quelques minutes, les mots se mélangeaient dans ma tête, et j’avais beaucoup de mal à comprendre ce qu’Elle et lui se racontaient. Nous nous éloignâmes et soudainement, elle déchira la carte en me disant, amusée :

« Jamais je n’irais au Mannekein Pis ! C’est un peu ringard comme bar. » Et elle avait raison. Les restes de l’invitation s’envolèrent dans le vent.

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Après m’être précipité pour prendre ma douche, me préparer, ranger un minimum mon studio, je pris la route en direction du Mannekein Pis. Je suis arrivé à 18h12. Je soufflai un bon coup, regardai le ciel et je rentrai dans le bar d’un pas décisif. Il y avait très peu de monde, elle n’était sûrement pas encore arrivé. Je me posai sur le comptoir et attendis. L’angoisse montait au fur et à mesure que les gens rentraient, que l’alcool coulait et que le temps passait. Ma gueule de bois était presque entièrement passée, j’allais enfin la voir sobre et avec la totalité de mes capacités. Alors j’attendais. 20H00. 21H00. Je n’avais pas assez dormi, mes paupières se fermaient peu à peu quand soudain j’entendis une voix familière derrière moi qui m’appelait. Je me retournai et vit Tristan, un sourire aux lèvres. Que faisait-il là ? Aucune importance, il fallait que je l’interroge sans attendre sur la soirée de la veille. Il posa sa main sur mon épaule :

  • « Mais qu’est-ce que tu fais là ? Je pensais que tu détestais ce bar ! Et puis, où étais-tu hier ? On a tenté de te joindre presque 20 fois.
  • Je te raconterai tout plus tard. D’abord j’ai besoin que tu me donnes toutes les informations que tu disposes sur la femme avec qui j’étais hier !
  • Oh là. Tu m’en demandes beaucoup, on t’a presque pas vu de la soirée.
  • Réfléchis ! Criai-je alors.
  • Du calme. Si je te dis que je me souviens pas de cette fameuse personne, c’est que c’est vrai. Je t’ai juste vu repartir seul.
  • Je n’étais pas seul. Et que fais-tu là d’abord ? Demandai-je.
  • Un homme nous a donné invitation hier, quand on sortait d’une boîte. Si tu veux, il y a Sam aux toile… »

Mon cœur s’arrêta net. Je me souvenais de cet homme qui nous avait invité, il était sûrement ici et il fallait à tout prix que je le retrouve. Comment pouvais-je me rappeler de lui et non d’Elle ? Je me gardai alors de répondre à cette question plus tard. Lui seul pouvait m’en dire plus sur Elle. Il m’aura fallu quelques regards à droite à gauche pour le remarquer, et je me précipitai brusquement vers lui, laissant Tristan me regarder d’un air inquiet. Arrivé devant l’homme, je demandai sans perdre une seconde :

  • « Vous vous rappelez de moi ?
  • Hum… Il me semble oui. Vous étiez…
  • Et vous vous rappelez de la femme qui était avec moi hier ?
  • A moins que je me trompe, vous êtes resté seul toute la soirée. »

Cette dernière phrase percuta mon esprit comme une folle tornade d’incohérences logiques. Les restes de mon espoir s’envolèrent dans le vent.

———-

Sa tête était posée contre mon cœur, et ses cheveux recouvraient ma poitrine. L’herbe était fraîche, et le soleil se levait. C’était magnifique. Nous étions seuls dans le parc, avec les oiseaux qui chantaient le jour nouveau. Je brisai le silence de ma voix fatiguée :

  • Pourquoi nous avons passé la soirée ensemble et je ne connais toujours quasiment rien de toi ?
  • Pourquoi tu n’arrêtes pas de me poser cette question ?
  • Je… Je sors d’une longue relation et j’ai… J’ai peur de souffrir encore
  • Qui te parle de souffrir ? Arrête de te prendre la tête et viens ! »

Elle se leva soudainement et me prit par la main pour m’emmener au pied d’un sapin. Elle sortit de sa poche un mini-couteau et commença à griffer une phrase sur l’écorce. Elle me cachait les yeux avec l’autre main et m’ordonnait de ne pas regarder. 30 secondes passèrent et je pus enfin lire, gravé à jamais :

« Demain sera une nouvelle histoire »

Je la regardai alors déçu, et je vis la lueur dans son regard s’éteindre. Elle n’exprimait plus aucune émotion. Je luis dis alors :

  • « Tu vas partir et ne jamais revenir alors ?
  • Je ne serai jamais parti. Et toi tu reviendras ici, demain.
  • Comment ça ?
  • Je suis l’histoire éphémère qu’il te manquait. »

Alors elle me sourit et me prit par la main. Nous avons marché, et je ne sais comment, mais nous sommes arrivé devant mon studio. Voilà, c’était la fin. Plus le soleil illuminait son visage, et plus elle disparaissait. Je n’arrivais à ouvrir la bouche, j’assistais à cette scène étrange, abasourdi. Elle parla :

« Sache que tu n’es pas fou. En tout cas, tu ne l’es plus. Tu ne te rappelleras jamais de moi. Ce n’était pas une nuit ordinaire pour nous, je te l’accorde. Mais maintenant je veux que tu sois heureux. Nous allons être heureux, toi et moi. A jamais. »

Et les restes de son corps s’envolèrent dans le vent.

Elle avait disparu, à jamais.

Et ce fut le blanc jusqu’à mon réveil à 14h25 le lendemain.

12 Juin 2015

Il était 12h46 lorsque je me suis réveillé en compagnie d’un mal de tête insoutenable, un véritable coup de marteau dans mon crâne. Tristan et Sam étaient à mes côtés. Tristan me tendit un verre d’eau :

« Tu n’aurais jamais du autant boire hier. D’ailleurs, je ne comprends même pas pourquoi tu as fais ça. La prochaine fois, ne compte pas sur nous pour être là. »

Les yeux dans le vide, je m’habillai sans leur prêter attention et ouvris ma porte d’entrée. Ils me regardaient l’air inquiet, alors je les remerciai et partis de mon studio. Et je courus le plus vite possible sans m’arrêter. Il pleuvait, le sol était glissant mais rien ne pouvait m’arrêter, jusqu’à mon arrivée au parc, et plus précisément devant notre arbre. Bien entendu, rien n’était inscrit dessus, l’écorce avait juste été gratté. Je tombai à genoux, remarquai les petites plaies au bout de mes doigts et souris. Une larme coula dans ma bouche. J’avais tout inventé, du début à la fin.

Je n’avais jamais été aussi pressé d’aller voir mon psychologue. Je n’avais pas de rendez-vous mais je savais très bien que rien ne pouvait me stopper, il fallait que je lui parle. Toute cette histoire était trop folle pour moi. A moins que je ne sois moi-même fou ? Je passai la porte du bâtiment principal, le hall, courus devant ces tableaux, ces plantes, cette secrétaire et j’ouvris la porte sans toquer. Il était seul dans son bureau, cela devait sûrement être sa pause-déjeuner. Je criai alors :

  • « Dites-le moi ! Est-ce que je suis fou ?
  • Calmez vous, nous allons prendre un rendez-vous et…
  • Je veux savoir tout de suite ! »

La secrétaire entra alors dans le bureau et demanda si elle devait appeler la police. Le psychologue fit non de la tête puis elle sortit, nous laissant, lui et moi, face à face. Il avait l’air serein, et j’avais peur. Peur de moi.

Il parla alors :

  • « Que voulez-vous savoir ?
  • La femme que j’ai rencontré dans le bar. Comment se fait-il que tout avait l’air si réel cette nuit-là, mais que ça ne l’était que dans ma tête ?
  • J’attendais justement que vous le découvriez par vous-même.
  • Donc vous le saviez ? Vous saviez qu’elle n’existait pas ?
  • Oui. Et non, vous n’êtes pas fou. Vous êtes juste… juste vide de l’intérieur depuis que votre ex-amie vous a quitté. Et cette femme, celle que vous avez créé de toutes pièces, vous en aviez besoin. Elle vous a aidé, l’espace d’une nuit, à passer à autre chose. Et elle a changé votre façon de voir le monde, vous allez sûrement être différent maintenant, et ce grâce à elle. Grâce à vous. Aujourd’hui est une nouvelle histoire. Vivez-la à fond.
  • Mais comment j’ai pu tout inventer…
  • Le mélange de votre traitement avec l’alcool, combiné à votre détresse sans doute. Cela n’a aucune importance. Quoiqu’il en soit, vous allez pouvoir avancer maintenant que vous avez compris.
  • Qu’est-ce que j’ai compris ? »

Il y eut un long silence dans lequel mes yeux remplis d’incompréhension était plongés dans son regard rassurant. Il prononça alors ces mots, qui résonnèrent au creux de moi :

« Chaque Homme est une histoire qui n’est identique à aucune autre »

Je le regardai une dernière fois, sortis du bureau et refermai la porte, l’esprit complètement retourné. Mes yeux étaient grands ouverts comme pour mieux voir la réalité de la situation.

Et ce jour-là, j’ai remarqué pour la première fois le charme de la secrétaire.

J’espère qu’elle aime la bière.

Et il m’arrive encore de sentir l’odeur de ses cheveux, de ressentir sa peau contre la mienne, d’entendre l’écho de sa voix dans ma cage thoracique et de voir, lorsque je ferme les yeux, la lueur dans son regard plus forte que jamais.

FIN.

16 octobre, 2017 à 14 h 22 min | Commentaires (2) | Permalien


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